Distorsions cognitives et TCA : comment les reconnaître et les déconstruire

distorsions cognitives

Dans les troubles du comportement alimentaire (TCA), l’alimentation n’est jamais le seul enjeu. Les pensées occupent une place centrale : pensées sur le corps, le poids, la nourriture, la valeur personnelle, le contrôle.

 

En thérapie cognitivo-comportementale (TCC), on observe que certaines pensées automatiques reviennent de manière répétée et contribuent à maintenir le trouble. Ces pensées ne sont ni choisies, ni volontaires. Elles sont souvent anciennes, rigides, et perçues comme des vérités. Les identifier est une étape essentielle pour pouvoir progressivement s’en dégager.

Les pensées automatiques, quésako ?

Les pensées automatiques sont des pensées rapides, spontanées, souvent non verbalisées et vécues comme des faits plutôt que comme des hypothèses.

 

Dans les TCA, elles apparaissent fréquemment : avant de manger, après avoir mangé, face au miroir, en comparaison avec les autres, lors de variations de poids ou de sensations corporelles. 

 

Comme toutes pensées, elles influencent directement les émotions (culpabilité, honte, anxiété) et les comportements (restriction, crises, compensations, évitement)

Distorsions cognitives : quand la pensée devient rigide

On parle de distorsions cognitives lorsque la pensée est biaisée, exagérée ou simplifiée, et qu’elle amplifie la souffrance psychique.

 

Ces distorsions ne sont pas propres aux TCA, mais elles y sont particulièrement fréquentes et puissantes, notamment autour des thèmes du contrôle, de la perfection et de la valeur personnelle.

Distorsions cognitives fréquentes dans les TCA

1. La pensée tout ou rien

Il n’existe aucune nuance : un écart devient un échec total. Cette pensée favorise les cycles restriction → crise → culpabilité.

"Soit je mange, soit j'ai tout raté"
2. La catastrophisation

La conséquence est imaginée comme grave, immédiate et irréversible, sans base factuelle solide.

« Si je mange ça, je vais prendre du poids immédiatement. »
3. La surgénéralisation

Un événement ponctuel est interprété comme une règle générale.

« J’ai perdu le contrôle aujourd’hui, donc je n’y arriverai jamais. »
4. Les exigences irréalistes

Ces règles internes rigides créent une pression constante et une intolérance à l’imperfection.

« Je dois toujours me contrôler. »
« Je ne dois jamais ressentir de faim. »
5. La dévalorisation personnelle

La difficulté est attribuée à un défaut personnel, plutôt qu’à un trouble psychique complexe.

« Je suis faible. »
« Je n’ai aucune volonté. »
6. La lecture de pensée

Des intentions négatives sont prêtées aux autres, sans preuve objective.

« Les autres voient que j’ai grossi. »
« Ils me jugent quand je mange. »

Pourquoi ces pensées entretiennent le TCA

Ces pensées ne sont pas anodines et jouent un rôle actif dans le maintien du trouble.

 

Elles peuvent renforcer l’anxiété avant les repas, augmenter la culpabilité après avoir mangé, justifier la restriction ou les compensations, fragiliser l’estime de soi et donner l’illusion d’un contrôle nécessaire à l’équilibre émotionnel.

 

À court terme, certains comportements associés peuvent soulager.
À long terme, ils renforcent le cercle du TCA.

Le travail en TCC

En TCC, la première étape n’est pas de « changer » ses pensées, mais de les repérer.

 Cela passe par :

  • apprendre à ralentir

  • identifier les situations déclenchantes

  • noter les pensées automatiques telles qu’elles apparaissent

  • observer les émotions et comportements associés

Ce travail d’observation permet de prendre une distance progressive avec la pensée, sans la combattre frontalement.

Questionner les pensées dysfonctionnelles

Une fois la pensée identifiée, le travail consiste à l’examiner avec curiosité, et non avec jugement.

 

Quelques questions fréquemment utilisées en TCC :

  • Sur quoi se base cette pensée ?

  • Est-ce un fait ou une interprétation ?

  • Existe-t-il des contre-exemples ?

  • Que dirais-je à un proche dans la même situation ?

  • Cette pensée m’aide-t-elle ou m’enferme-t-elle ?

L’objectif n’est pas de se rassurer artificiellement, mais de retrouver de la nuance.

Vers des pensées plus adaptées

Avec le temps et l’accompagnement thérapeutique, les pensées peuvent devenir moins automatiques, moins rigides, plus nuancées et moins auto-accusatrices.

 

Par exemple :

  • Passer de « j’ai tout raté » à « c’était difficile aujourd’hui, mais cela ne résume pas mon parcours »

  • Passer de « je n’ai aucune volonté » à « je fais face à un trouble qui demande un accompagnement »

Ce changement cognitif s’accompagne souvent d’une diminution de la souffrance émotionnelle et d’une plus grande flexibilité comportementale.

Un travail qui s'inscrit dans un cadre thérapeutique

Travailler sur les distorsions cognitives peut être inconfortable. En effet, certaines pensées sont profondément ancrées et liées à l’histoire personnelle, émotionnelle ou traumatique.

 

C’est pourquoi ce travail gagne à être réalisé :

  • dans un cadre sécurisant

  • avec un·e professionnel·le formé·e

  • en respectant le rythme de la personne

La TCC ne vise pas la perfection, mais une relation plus souple et plus apaisée à soi-même.

En résumé

Dans les TCA :

  • les pensées automatiques jouent un rôle central

  • les distorsions cognitives entretiennent la souffrance

  • les identifier est une première étape essentielle

  • la TCC permet de les questionner et de les assouplir progressivement

Changer sa relation à ses pensées, ce n’est pas nier la difficulté,
c’est ouvrir un espace de choix là où il n’y avait que des automatismes.

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